mercredi, 21 mars 2007
Le roman de Zafisoa
A
Alphonsine 2007
Philippine 1947
Rasoamanitra 1897
Ramavo 1827
Raketaka 1787
Celle dont le nom a été oublié...
la suite...
Déjà paru:
chapitre1
chapitre2
chapitre3
CHAPITRE 4
Alphonsine ne rêvait plus. S’organiser, voilà, c’est exactement cela qu’il fallait faire…
Rado, au village, enfermé dans la petite pièce en haut de sa maison, suçait son stylo à bille en épluchant laborieusement les comptes de la Coopérative locale dont il était le Président, devant la petite fenêtre qui dominait la cour du Presbytère. Sa mère et sa tante discutaient en bas du marché de la veille, les affaires n’étaient pas fameuses apparemment, le prix des volailles avait vertigineusement chuté depuis la dernière épidémie de barika, et les mesures gouvernementales largement diffusées à la radio sur la prévention de la « grippe du poulet », encore un nouveau truc d’importation, tiens !... n’avaient pas arrangé les choses !.... Les gens avaient peur, les œufs avaient disparu des étals ou étaient devenus tellement rares et chers que personne ne voulait plus en acheter. Ca n’était pas non plus la saison de tomates et des oignons, et les provisions de riz en prévision de la « soudure », commençaient à s’épuiser. Avec les élections, personne n’investissait plus rien, attendant prudemment de voir d’où le vent allait souffler, tout en espérant les traditionnelles « mannes célestes » généreusement distribuées comme de coutume par les notables locaux dans le cadre de la propagande, mais les écolages des enfants avaient augmenté et c’était quand même dur de joindre les deux bouts à présent…
Pareil pour la Coopérative ! Les paysans n’arrivaient plus à régler leurs cotisations, on était à la veille de la période de repiquage du riz et ils avaient besoin d’argent pour recruter de la main d’œuvre… Pour le crédit local, ça n’allait pas fort non plus, impossible de rembourser dans les délais faute d’argent liquide, les collecteurs de l’UCOFRUIT refusaient de payer plus cher les haricots verts car soi-disant il y en avait trop, bref c’était la dèche pour tout le monde…
Pire, les caisses de la Coopérative étaient vides, on avait découvert des « détournements », et il allait devoir convoquer une assemblée générale et expliquer tout ça aux populations ! Ca allait barder, les paysans, toujours la tête près de leur bonnet, étaient contents quand l’argent rentrait grâce à l’ excellente organisation collective, mais il rechignaient toujours quand il fallait sortir des fonds de leur poche, discutant pendant des heures, négociant chaque sou en avançant des arguments familiaux ou même religieux tous plus invraisemblables les uns que les autres, ah là là ! … C’était quand même fatigant, mais lui-même était rétribué, chichement en fait, mais un peu d’argent de poche lui permettait d’aller faire de temps en temps le jeune homme en ville et surtout d’acheter tous ces livres, dont il n’aurait absolument pas pu se passer… Bon ! Qu’est-ce qu’il allait bien pouvoir leur dire pour le « trou » dans la caisse ? Misère, ça allait chauffer, déjà que les gars, en vrais campagnards, étaient méfiants comme des fosa par nature !... De plus ils n’étaient pas si nombreux que cela à la Coopé ! Est-ce qu’ils allaient exiger une enquête à la Gendarmerie ? Peu probable quand même, ici, on préférait régler ses affaires entre soi et soi, en n’y mêlant que contraints et forcés ces « étrangers » de l’administration, même locale… On ne savait jamais jusqu’où ça pouvait aller ! Enfin, bonjour l’ambiance, ça allait devenir intenable avec les mecs si tout le monde commençait à se méfier de tout le monde et à chercher des poux là où il fallait pas !
Rado suçait toujours son Bic, faisant fonctionner son imagination, habituellement si fertile, mais qui aujourd’hui se refusait à lui… Il pensait au toubib, qu’est-ce que c’était encore que cette histoire ? Les Gendarmes ne voulaient pas laisser tomber l’enquête, la famille du jeune médecin, résidant en ville, avait le bras long semblait-il… C’était vrai que son « accident » était peu crédible, pensait Rado. Mais tout ça avait été quand même vraiment brutal, et au syndicat c’était la panique, ils étaient d’ailleurs très partagés sur l’enquête, certains n’aimaient pas du tout les flics, qui les titillaient souvent à propos de leurs activités qualifiées de « subversives », et avec les élections ça n’allait pas s’arranger ! D’autres voulaient absolument éclaircir l’affaire, le toubib était sympa et ils militaient pour la « vérité », s’inquiétant, sans doute à juste titre, de développements douteux à un niveau plus vaste, dans une atmosphère de règlements de comptes, pour le syndicat, le village, et même leur propre famille… La question était : « Pourquoi ? » Et tant qu’ils n’auraient pas découvert les motifs de cette disparition inexpliquée, ils ne resteraient pas tranquilles…
Bon, il fallait aller à l’enterrement demain, et ça allait grouiller de sbires avec les notables d’Antananarivo, ils allaient sûrement être convoqués à la Gendarmerie à Mahitsy, mais quand ? On devait se réunir et voir comment on pouvait gérer ça. Il fallait qu’il voie Alphonsine, c’et elle qui voyait tout le monde et qui avait du temps pour circuler… De plus elle avait un oncle dans la Police et pouvait obtenir des renseignements précieux sur l’évolution de la situation !
Tiens ! Justement, quand on parle du loup… La voilà qui pointait son nez sur son VTT de plus en plus déglingué, nattes au vent, fonçant comme d’habitude dans la petite descente vers la cour de sa maison. Un de ces jours, elle allait se casser quelque chose avec son engin de cirque !...
- Salut ! Qu’est-ce qui t’amène ? Grouille-toi, je suis en plein dans mes comptes et c’est pas simple je te le dis ! Faut que j’aille fermer l’école en plus, et que m’organise pour l’enterrement de demain…
Alphonsine tournait et retournait dans sa tête ce qu’elle allait lui dire, d’ailleurs qu’est-ce qu’il fallait lui dire exactement au juste ? Devait-elle lui parler du document ?... Rado était le pivot du syndicat et tout le monde l’appréciait à sa juste valeur, mais depuis quelques temps, il racontait de drôles de choses, qu’il puisait dans ses lectures et qui les dépassaient quelque peu… A son avis, il commençait à être un peu dérangé à force de se calfeutrer à la maison et à noircir d’encre d’ innombrables et mystérieuses feuilles de papier … Il séchait même parfois les réunions et leur avait expliqué qu’il était en train d’écrire un grand roman historique sur la région du Marovatana, terre de magie ancestrale, pays « rebelle » héritier des anciens Andriana « tompon-tany » vazimba, ce qui nécessitait de fréquentes incursions dans les grottes de l’Andringitra… D’éminents professeurs d’Antananarivo encourageaient ses travaux handicapés par ses faibles moyens financiers… Ils lui prêtaient même quelque fois des bouquins gros comme les « Tantara » et aussi poussiéreux, écrits par des savants de toutes nationalités…
Bon ! Trêve de plaisanterie, il fallait qu’elle trouve quelque chose et vite … D’abord exiger une réunion du syndicat !
à suivre...
18:11 Publié dans Un peu d'histoire sur Fort-Dauphin | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : zafisoa, le roman inédit


Commentaires
La suite, la suite:mal tenu don bloc note...
bises mama
Ecrit par : christine | dimanche, 04 mars 2007
Oui, la suite, la suite !
Nous voulons la suite...
Ecrit par : Clo | dimanche, 04 mars 2007
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